Pourquoi le vaccin fait flipper les Français
10/12/2009

Complot et Grippe A

Pourquoi le vaccin fait flipper les Français

4 Français sur 10 craignent les effets secondaires du vaccin H1N1. StreetPress interview le conseiller délégué chargé de la santé dans le 19e arrondissement.

Athis-Mons (91), Cité de l’Air – « Le matin, je vois par la fenêtre quelques enfants de la Cité aller à l’école. Moi je reste ici toute la journée, à ne rien faire. Je voudrais y aller moi aussi, apprendre. Parce que sans l’éducation, on ne peut pas grand-chose dans la vie » , se lamente Sidra. Cette jeune fille syrienne devrait être en CM2, mais la Mairie s’oppose à sa scolarisation. Assis à côté d’elle, d’autres enfants qui, comme elle, rêvent d’aller à l’école, feuillettent les pages de livres. Faute de véritable scolarisation, la plupart d’entre eux sont analphabètes. « On les occupe un peu et on essaye de donner quelques notions aux enfants qui entreront à l’école peut-être en septembre prochain » , explique Sid Ahmed, qui tente de leur donner cours le mercredi après-midi, dans un école de fortune aménagée dans le jardin d’une famille de la cité.

Chad fait exception. Elève en 6e, elle aimerait devenir « docteure » . Avant d’arriver à la Cité de l’Air, elle habitait à Bobigny où elle était scolarisée. « Ils [ces enfants, ndlr] étaient parmi les premiers de leur classe là-bas et ici on ne veut pas les laisser aller à l’école » , lance fièrement son père, Mohamed Aldahich. Avec sa famille, lui aussi est venu squatter l’un des pavillons abandonnés de la cité :

« Je ne gagnais que 700 euros par moi en faisant les marchés. Je n’avais plus de quoi payer. »

Une après-midi à Athis-Mons

Une après-midi à Athis-Mons / Crédits : Djeneba Diame

Pas d’école pour les enfants de la Cité de l’Air

Depuis près de deux ans, la mairie d’Athis-Mons refusent de scolariser 54 enfants d’exilés syriens , dont Chad et Sidra. Tous vivent à la Cité de l’Air, un quartier abandonné, propriété de la Direction générale de l’aviation civile ( DGAC ), squatté par des familles pour la majorité syriennes.

Le 19 mars dernier, première victoire pour les habitants : le tribunal administratif de Versailles a rendu un jugement obligeant la Mairie à scolariser 28 enfants pour lesquels quatres associations – dont le Droit au logement ( DAL ) et l’association juvisienne pour les demandeurs d’asile et les réfugiés ( AJAR ) – avaient déposé un recours. « Pour les autres, on n’avait pas toutes les pièces d’identité et les documents nécessaires » , explique Karim, habitant de la cité depuis trois ans.

Deux familles, accompagnées par la Fédération du conseil des parents d’élèves ( FCPE ), ont depuis rencontré le directeur de l’école Saint-Exupéry, à deux pas de la cité. Leurs enfants seront scolarisés au retour des vacances , lundi 30 avril. Selon la FCPE d’Athis-Mons, la vingtaine d’autres enfants concernés par le recours des associations entreront à leur tour, progressivement, dans les écoles de la ville. « Nous rencontrons directement les directeurs avec les dossiers d’inscription complets » , explique la responsable de la scolarisation des enfants réfugiés pour l’asso’. Pour les autres, l’issue est encore incertaine . Maître Saïdi, l’avocat des associations assure qu’un nouveau recours sera lancé auprès du tribunal administratif pour ces enfants si la Mairie ne les scolarise pas spontanément. Et, il y a peu de chance qu’elle le fasse.

Les enfants perdus

Les enfants perdus / Crédits : Djeneba Diame

« Je veux que mon enfant soit instruit »

Devant la maison de Mohamed, quelques réfugiés syriens sont attablés à l’ombre, sous un arbre. Ils discutent des démarches administratives – CMU , école ou encore titres de séjour – conseillés par Karim, un habitant de la Cité depuis trois ans et employé à l’aéroport voisin. « Cela fait deux ans que mon garçon devrait être à l’école, il a 8 ans, il grandit sans savoir écrire et lire. Ni en français ni en arabe » , dénonce Abu Saïd. L’octogénaire est le patriarche des berbères, l’une des trois communautés qui vit là, avec les syriens arabes et les syriens kurdes. « Pourquoi on les en empêche ? » , demande-t-il en fixant Karim de ses yeux gris verts :

« Je veux que mon enfant soit instruit, comme tout le monde. Il ne fait rien de ses journées, il les passe à traîner et à jouer sur le trottoir. »

Karim, qui a accompagné certaines familles, se souvient des débuts de cette « longue bataille » . L’air jovial qu’il affiche depuis le début de l’après-midi disparaît subitement :

« A la rentrée 2017, on est venus déposer les dossiers d’inscription mais la Mairie a refusé de les prendre. Dès qu’ils voient rue Gourmelin ou Pichodou [rues de la Cité de l’Air, ndlr], ils refusent les dossiers ou demandent d’apporter des documents que nous n’avons pas et qui ne sont même pas nécessaires pour une inscription à l’école. »

Pour justifier les refus de scolarisation, la maire de la ville, Christine Rodier (LR) ne manque pas d’imagination . Elle invoque tour à tour le « manque de places » , des logements non pérennes et même, plus récemment, l’absence de vaccination.

C’est « une affaire politique » , tranche Sid Ahmed. Comme Karim, il est venu habiter la Cité de l’air après des « problèmes de logement » . Les deux hommes d’origine algérienne accompagnent les réfugiés dans leurs démarches administratives, au quotidien. « J’ai la nationalité française et Karim a le statut d’étranger résidant en France. On parle arabe et français donc on peut faire les intermédiaires auprès des associations et des institutions » , explique Sid Ahmed, qui est aussi délégué du DAL . « C’est une mairie de droite et ils ne veulent pas de réfugiés dans leurs écoles » , peste-t-il. Pourtant, « c’est la loi, tous les enfants ont le droit à la scolarisation quelles que soient leurs origines et leur condition sociale » , précise Souela Hamdi, présidente de l’association Agir pour Athis-Mons.

L'école à la cité

L'école à la cité / Crédits : Djeneba Diame

Peut-être… peut-être pas

Si la décision du tribunal de Versailles va dans le bon sens, elle ne met pas fin au problème . La maire Christine Rodier a déclaré, dans une lettre à ses administrés et dans une vidéo, qu’elle ne comptait pas se soumettre à la décision de justice. Elle propose simplement de mettre en place des classes de remise à niveau, au sein même de la cité. « Ce n’est pas une bonne idée, c’est discriminatoire et ça ne permettra pas aux enfants de s’intégrer » , s’étrangle Sid Ahmed. Contacté par StreetPress, Bertrand Guillerm, directeur du cabinet de la maire, est moins clair. Les enfants seront « peut-être scolarisés… ou peut-être pas, tout dépend de “l’organisation” » :

« Nous étudions les dossiers avec l’éducation nationale, nous verrons bien. Nous sommes en phase de discussion, de travail avec les associations, les familles et ne souhaitons communiquer là-dessus. »

Il remet sur la table la question de la vaccination. « Sur une trentaine, seuls quatre enfants sont vaccinés. C’est une condition importante. » Car, dit-il, le sujet inquiète les bons citoyens d’Athis-Mons :

« Des parents nous ont prévenu, ils retireront leurs enfants si des élèves non vaccinés ou vivant dans de mauvaises conditions sanitaires intègrent les écoles. »
Pour faire plier la municipalité, Maître Yssam Saïdi, avocat des associations a lancé la procédure d’exécution :

« La Mairie avait jusqu’à début avril pour scolariser les enfants. Nous sommes à la fin du mois et rien n’a été fait. Le juge enjoindra donc de nouveau la Mairie à exécuter le jugement avec, potentiellement, une astreinte financière. »

La colonie syrienne

La colonie syrienne / Crédits : Djeneba Diame

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